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Le rôle de l’Italie dans les Conférences Intergouvernementales pour la révision des Traités - 18 mars


• Résumer en une seule allocution le rôle que l’Italie a joué dans l’évolution des dynamiques communautaires est une tâche complexe, voire ardue .
• Pays fondateur des Communautés, l’Italie a été fermement engagée dans toutes les phases de la construction européenne, qu’il s’agisse lors de la fondation – avec les Traités de Paris et de Rome - ou lors des évolutions successives de la « Constitution matérielle » de l’Union.
• C’est un rôle qui répond – selon la belle définition formulée par le Sénat italien pendant les travaux sur la Constitution européenne – à la « vocation fédératrice » de l’Italie.
• Cette vocation a été clairement évidente au cours des Conférences Intergouvernementales qui ont jalonné l’histoire institutionnelle et politique de l’Union. C’est l’argument sur lequel va porter mon intervention.

L’Acte Unique

• Durant la décennie 1975-1985, le processus d’intégration européen semblait avoir sombré dans un état léthargique.
• Certes, les grands arrêts de la Cour de Justice avait transformé le système juridique européen. Mais la création du Marché Unique était loin d’être achevée et l’intégration semblait piétiner.
• Plusieurs facteurs contribuèrent à la relance de l’intégration tels que les pressions des milieux économiques, qui souhaitaient progresser dans la création du Marché Unique et le fameux arrêt « Cassis de Dijon » qui entrouvrit la porte pour la réalisation de cet objectif.
• Mais il ne faut pas oublier la politique, l’action volontariste menée par des grands hommes politiques européens.
• Parmi ceux-ci, il faut mentionner un membre italien du Parlement Européen: Altiero Spinelli, qui avec sa passion et son dévouement à l’idéal européen, joua un rôle crucial dans la mobilisation du PE qui conduit au premier projet de Traité sur l’Union Européenne.
• Successivement, Spinelli jugea l’Acte Unique « profondément décevant ». Mais il aurait peut-être changé d’avis s’il avait su que cet Acte aurait déclenché une véritable « fièvre constitutionnelle».
• Après avoir franchi le premier pas, le procès de révision institutionnelle de l’Union est devenu un marathon. C'est ainsi que ces 20 dernières années l’Union a été marqué par une suite impressionnante de CIG : l’Acte Unique, Maastricht, Amsterdam, Nice et maintenant, Rome
• Le Gouvernement italien a joué un rôle de grande importance dans la diffusion du « contagion ». C’est grâce à lui, en effet, que le premier pas de ce processus a été franchi.
• Dans ses Mémoires, J. Delors, décrit le Conseil Européen de Milan qui décida l’ouverture de la CIG pour la révision des Traités, comme « un Conseil à l’italienne».
• L’action du Premier Ministre Craxi et du Ministre des Affaires Etrangères Andreotti culmina par un coup de théâtre: pour la première fois de son histoire, le Conseil Européen fut invité à voter.
• Trois pays – la Grand Bretagne, le Danemark et la Grèce – se prononcèrent contre la CIG ; sept pour. Sur cette base, la Présidence italienne convoqua la Conférence.
• Le résultat final des négociations fut au dessous des ambitions de l’Italie. Il créa néanmoins les conditions pour atteindre l'objectif du marché unique et déclencha un véritable processus de régénération de la dimension communautaire.

Maastricht

• Cette relance fut inévitablement poussée, quelques années après, par les événements qui, a un rythme imprévisible, cadencèrent l’éclatement de l’empire soviétique.
• Face à ces événements, l’Europe communautaire devint un point de référence obligatoire pour les Pays de l’Europe centrale et orientale.
• Un saut qualitatif s’imposait dans la capacité de l’Union à élaborer un projet politique et une perspective d’avenir pour le continent.
• Ces priorités s'entrecroisaient avec le processus de réflexion qui avait été lancé en vue du perfectionnement du Marché Unique et qui avait remis d’actualité l’un des grands thèmes « historiques » de l’intégration européenne: l’Union Economique et Monétaire
• En 1988 le Conseil Européen avait décidé de créer un Groupe de travail de haut niveau, présidé par Jacques Delors, auquel Tommaso Padoa - Schioppa, vice-directeur de la Banque d’Italie, fournit une contribution déterminante.
• Sur base de ce rapport , les Etats membres parvinrent, à la veille du début du semestre de la Présidence italienne du Conseil (juillet - décembre 1990), à un accord sur la procédure et sur le calendrier pour le lancement de la révision constitutionnelle des Traités communautaires.
• La discussion préparatoire de l’automne 1990 mit en lumière deux approches alternatives au problème de la réforme des Traités :
• D’un coté, l’approche dominante, soutenue en particulier par la France, l’Allemagne et l’Italie, visait à faire accomplir un saut qualitatif décisif au processus d’intégration ; de l’autre, celle défendue par le Royaume-Uni se caractérisait par une réticence marquée à l’égard des transferts de souveraineté.
• Le premier Conseil européen de Rome (27-28 octobre 1990) confirma l’isolement britannique sur le sujet, avec l’approbation du « Rapport Carli » qui achevait le travail préparatoire sur l’UEM.
• A partir du mois de novembre, la Présidence italienne concentra son attention sur le thème de l’Union Politique. En rassemblant les indications qui ressortaient des débats préparatoires, l’Italie présenta, le 16 novembre, un document d’ensemble sur une série d’aspects de l’Union politique.
• Ce document fournissait une indication programmatique utile et expliquait le caractère progressif de la CIG dans le cadre d’un processus évolutif à long terme qui, en partant d’un modèle d’intégration supranational, aspirait à un modèle de type confédéral dans la perspective finale d’une « fusion fédérale »
• Le Conseil européen de Rome du 14-15 décembre parvint ainsi à la définition d’un mandat précis pour la CIG sur l’Union politique, également approuvé par le Royaume-Uni.
• Convoquées sur la base des mandats des deux Conseils européens de Rome, les CIG sur l’Union politique et sur l’Union économique et monétaire tinrent leur première réunion le 15 décembre 1990. Le processus se conclut à Maastricht le 7 février 1992.
• Au cours des négociations, l’Italie défendit les ambitions et la vision d’ensemble qui avait été énoncé dans le document du 16 novembre. Quoique certainement imparfait, le Traité de Maastricht, avec son indéniable caractère novateur, reflétaient remarquablement ces aspirations.


Le traité d’Amsterdam

• La suite des réformes institutionnelles s’entrecroise avec le processus d’élargissement.
• La nuit du 17 juin 1997 à Amsterdam, s’acheva la tentative du Conseil européen de compléter le Traité de Maastricht avec une série de réformes institutionnelles.
• Il s’agissait de donner une réponse appropriée à l’un des plus grands défis auxquels l’Union européenne devait faire face : l’élargissement à l’est et au sud. Le cinquième de l’histoire de l’Union mais le plus important si l’on considère le nombre de candidats, l’extension du territoire et les différences économiques.
• Encore une fois, il appartint à l’Italie de lancer la CIG durant son semestre de Présidence, au Conseil Européen de Turin du mois d’octobre 1996.
• Comme dans le cas précédent ce n’était pas une coïncidence. Les négociateurs savent que « décider qu’il faut décider » est un pas extrêmement important dans n’importe quelle négociation. Avec sa « vocation fédératrice », l’Italie a toujours poussé les autres Etats membres à le franchir. A’ s’engager dans la recherche de nouvelles solutions et d’équilibres plus avancés pour la construction européenne.
• En outre, ouvrir une CIG implique un avantage considérable : la possibilité d’en influencer le champ de travail et, surtout, la méthode. Une potentialité dont l’Italie a toujours cru bon de profiter.
• L’élan initial que l’Italie essaya de donner aux négociations du nouveau Traité fit face cependant à maintes difficultés.
• Après de longues négociations, les désaccords entre Etats membres sur certains des aspects fondamentaux de la reforme contraignirent la Présidence hollandaise à revoir drastiquement à la baisse le compromis d’Amsterdam : l’extension du vote à la majorité fut réduite au minimum ; la coopération renforcée, à l’origine prévue également pour le deuxième pilier, fut introduite seulement pour le premier et le troisième pilier fut rendu beaucoup plus compliqué qu’il ne l’était souhaitable; les décisions en matière de pondération des votes et de composition de la Commission furent ajournées.
• L’Italie, la France et la Belgique déclarèrent leur insatisfaction vis-à-vis du résultat et, dans une déclaration déposée lors de la signature du Traite, exprimèrent le souhait qu’une nouvelle CIG soit convoquée, pour résoudre les « résidus » (left-overs) d’Amsterdam et étendre le champs d’application du vote à la majorité qualifiée.

Le Traité de Nice

• La procédure de ratification du Traité d’Amsterdam n’était pas encore conclue que s’ouvrait déjà le débat sur les enjeux de la future CIG.
• Les points de discussions obligatoires étaient les « left-overs » d’Amsterdam : la composition et la dimension de la Commission, l’extension du vote à la majorité qualifiée, la nouvelle pondération des votes.
• Dès la phase préparatoire de la CIG, l’Italie était déterminée à encourager les solutions les plus ambitieuses possibles. Elle voulait avant tout étendre le mandat au- delà des trois « left-overs » de Nice. Au Conseil Européen de Helsinki, le président du Conseil D’Alema, avec son collègue Schroeder et les représentants du Bénélux insistèrent avec succès pour insérer les coopérations renforcées et une référence aux questions institutionnelles liées à celles-ci.
• Les alliances conclues à Helsinki représentaient le « leit motiv » des négociations successives qui, sous la Présidence française, entrèrent dans la phase la plus chaude et la plus compliquée.
• L’une des contributions les plus importantes apportées par l’Italie à la CIG fut l’initiative italo-allemande sur les coopérations renforcées, qui fut la base de l’accord final.
• La diplomatie italienne devint aussi le point de jonction pour d’autres initiatives. Il suffit de penser à l’initiative italo-autrichienne visant à compléter l’art 7 du TUE en incluant le risque de violation des droits fondamentaux ou à l’entente avec le Benelux pour inscrire dans les Traités les progrès enregistrés dans le domaine de la PESD ou, enfin, à l’initiative italo-espagnole pour entamer des coopérations renforcées dans le domaine de la justice et des affaires intérieures.
• La position intransigeante de certains Etats membres empêcha d’atteindre les résultats ambitieux souhaités par l’Italie dans d’autres domaines, particulièrement dans les matières sensibles qui étaient l’objet des dernières discussions de la négociation (fiscalité et sécurité sociale, en particulier, mais (aussi ) encore d’autres).
• Néanmoins, l’étroite collaboration italo-allemande, à laquelle s’unirent également la France et le Bénélux, permît d’atteindre des compromis acceptables et fût à la base de la déclaration sur l’après Nice. Au sens de cette déclaration, un débat structuré sur l’avenir de l’Europe aurait été lancé par les Présidences suédoise et belge, en préparation d’une nouvelle CIG. Un pont sur l’avenir était donc lancé; il aurait permis de déclencher le processus constitutionnel en cours.


De Laeken à la Constitution

• La déclaration de Nice avait été formulée par l’Italie et l’Allemagne de manière très attentive. Il n’y avait aucune référence littérale à une étape préparatoire de la CIG ; mais il ressortait du texte qu’il aurait fallu réunir une instance dotée d’une légitimité démocratique plus grande.
• Sur cette base le Conseil européen de Laeken du 14 et 15 décembre 2001 convoqua une Convention sur le futur de l’Europe, celle-ci aurait eu la tâche de préparer la CIG suivante.
• A partir de là, le pas à franchir pour l’élaboration de la première « Constitution européenne » fut bref.
• Il serait trop long de récapituler le rôle que les différents membres italiens de la Constitution ont joué. Suffise-t-il de rappeler l’action continue du Vice Président de la Convention, Giuliano Amato, qui permit de peaufiner différents aspects du texte et d’introduire des innovations majeures ; l’appui constant que le Vice Premier Ministre Fini donna aux instances plus avancées du Présidium ; le rôle que l’ancien Ministre des Affaires Etrangères et Premier Ministre Lamberto Dini joua dans le débat sur les matières économiques et sur la politique étrangère…
• C’est aussi grâce à eux que la Convention a englobé dans le projet de Constitution quelques traditionnelles demandes de l'Italie, tels que le Ministre « double casquette », qui avait été proposé par l’Italie à Nice, la « hiérarchie des normes », (aussi bien) ainsi que les « actes délégués », l’extension de la majorité qualifiée etc.
• Le Conseil européen de Thessalonique accueillit favorablement le Projet de Traité constitutionnel en le considérant comme un « pas historique vers la réalisation des objectifs de l’intégration européenne ». Par ailleurs, en définissant le Projet de Traité comme « une bonne base sur laquelle démarrer la CIG », le Conseil donnait mandat a la Présidence italienne d'entamer les procédures de convocation de la CIG.
• Au début de la Présidence italienne il y avait cependant de nombreux éléments d’incertitude quant au temps et au contenu de la CIG.
• En ce qui concerne la durée, certains pays demandaient une « longue période » de réflexion avant de lancer la CIG. Pour le travail de la Convention, c’était un scénario-catastrophe. Il apparaissait clairement que laisser s'écouler le temps revenait à éroder la force novatrice du projet de la Convenzion.
• Quant aux contenus, il n’était pas du tout certain que l’héritage de la Convention aurait pu être sauvegardé. A Thessalonique, l’Italie avec d’autres Etats membres étaient parvenu à obtenir la définition du Projet de Traité comme « une bonne base », mais pas comme « la base » de négociations futures. Et il était évident que certains Etats avaient pas mal d’arrière pensées face au travail de la Convention.
• Dés que l’Italie prit la barre de l’Union, elle a mis tout en oeuvre pour lancer immédiatement la CIG, en sachant qu’il fallait « battre le fer pendant qu’il était chaud ».
• Grâce à ce travail, il fut possible de lancer la CIG au mois d’octobre
• Dès lors , l’Italie s'y est activée afin de sauvegarder le plus possible le patrimoine de la Convention.
• C’est dans un tel but que l’Italie a fixé la méthode de travail de la CIG. Pour éviter des négociations trop détaillées on fit en sorte, dans un premier temps, que les débats se tinssent un niveau politique élevé : Chef d’Etat et Ministre des Affaires Etrangers, avec le soutien logistique des « focal point » nommés par les capitales.
• Dans un second temps, une participation active fut favorisée, non seulement de la part de la Commission, mais aussi, à tous les niveaux, des représentants du PE, afin de sauvegarder l’esprit d’ouverture et de dialogue de la Convention.
• Dans le même souci de transparence, on assura la publicité de tous les documents produits par la CIG.
• Surtout, on essaya de cerner un nombre limité de questions politiques particulièrement délicates et on imposa un discipline serrée au débat, afin d'éviter qu’il partisse dans tous les sens. La date-buttoir de décembre n’était pas fonctionnelle pour terminer les travaux pendant la Présidence mais servait à contenir le risque d’un dérapage de la CIG. « To keep it short and simple », comme diraient les anglais.
• Globalement, cette méthode a fonctionné. Au Conseil européen de décembre, il ne restait, en effet, qu’a résoudre trois grandes questions: la composition de la Commission, la Composition du PE, le mécanisme de vote au Conseil.
• Sur les deux premiers dossiers, le compromis apparaissait à portée de main. La pierre d’achoppement, tout le monde le sait, fut la question de la double majorité.
• Ce nœud a été résolu seulement par la Présidence irlandaise, après quelques mois de réflexion, qui ont calmé les esprits, et surtout après le changement de position de l’Espagne suite aux élections de mars 2004.
• Le rôle de l’Italie dans tout le processus a été néanmoins reconnu par l'ensemble des partenaires et a été scellé par la décision de tenir la cérémonie de signature à Rome .
• Vous connaissez la suite. La Constitution n’est pas encore arrivé au bout de son chemin. Une délicate procédure de ratification l’attend.
• L’Italie va faire bientôt sa part. Une partie du Parlement a déjà approuvé la loi de ratification et l’autre va le faire dans les semaines à venir.
• Il n’est pas impossible, toutefois, que le processus de ratification rencontre des difficultés dans d’autres pays.
• Dans la prévision de cette éventualité, les Chefs d’Etat ont approuvé, lors de la signature de la Constitution Européenne, une déclaration moyennant laquelle il s’engageaient à « discuter » au sein d’un Conseil européen les solutions à entreprendre au cas où un ou plusieurs Etats membres n’arriveraient pas à le ratifier.
• C’est un engagement politique, bien sûr, et pas un projet de solution. Mais il n’est pas aisé d’envisager des solutions détaillées à un problème avant même qu’il ne se pose.
• Ce qui est sûr et certain c'est que, comme tout procès vital, l’intégration doit continuer son chemin. Si elle s’arrêtait, si elle se figeait dans une forme institutionnelle inadéquate, elle mourrait. Mais ce dont l’Europe a besoin ce n’est pas de l’archéologie institutionnelle, c’est d'un projet vital, un dessein d’avenir, une maison commune pour les citoyens européens.
• L’Italie mettra toujours toute son expérience et sa vocation communautaire au service de ce projet.


 


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